Vendredi 26 juin 2009
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Sergueï Eisenstein (1898-1948) s'est engagé dans l'Armée rouge durant la guerre civile. Attiré par le cinéma,
il pense que cet art peut propager les idées révolutionnaires : « La révolution a fait de moi un artiste, et si elle m'a conduit à l'art, l'art, à son tour, m'a entraîné tout entier dans
la révolution. Notre art doit être fondé sur le communisme ».
Filmographie : La grève
(1924), Le cuirassé Potemkine (1925), Octobre (1928), La ligne générale (1929), Alexandre Nevski (1938), Ivan le Terrible (1944-1946).
La ligne générale (U.R.S.S., 1929)
Le film débute par un carton qui
reprend les propos de Lénine : "Il est indispensable de transformer notre pays, de pays agraire en pays industriel". Un second
carton présente l'état des campagnes russes : "La sauvagerie, l'abus du patriarcat, un retard séculaire, des millions de minuscules exploitations
paysannes, tel était l’héritage de l'ancien régime".
Eisenstein passe à la démonstration en images. Des plans fixes de paysages d'une terre morcelée en de nombreuses parcelles se succèdent. Il en montre les conséquences ruineuses en faisant se succéder des plans fixes d'une famille de
paysans pauvres dans un habitat délabré et avec des outils archaïques. Les choix musicaux
confortent le poids des images. L’enjeu
propagandiste du film est nettement affirmé : il s’agit de convaincre une population agricole souvent réticente des bienfaits de la collectivisation.
Marfa habite un village des campagnes reculées de
Russie. A la saison des labours, Marfa supplie un riche paysan
(koulak) de lui prêter un cheval pour pouvoir labourer le peu de terre cultivable de son village. Refusant d'aider les paysans qu'il considère
comme ses esclaves, le koulak n'hésite pas à l'humilier.
Eisenstein souhaite toucher le spectateur en opposant l'humilité de la
jeune femme, pieds nus et mains jointes, à l'opulence du koulak. Les très gros plans sur le visage du koulak et la contre-plongée confortent l'idée d'une noblesse terrienne oisive, possédante et inhumaine. Ces koulaks subiront la répression stalinienne en refusant la collectivisation (dékoulakisation).
Le titre du film fait référence à « La ligne générale » arrêtée par
les congrès du parti communiste de 1925 et 1927 et qui entend assurer l’alliance des paysans et des ouvriers à travers la collaboration des
villes et des campagnes, symbolisée par le drapeau soviétique associant le marteau et la faucille. Eisenstien fait directement référence à l'industrialisation lourde lancée à partir de
1929 pour moderniser l'économie soviétique et à la collectivisation des terres. Les paysans étaient
obligés de renoncer à la propriété privée de leurs terres et de les regrouper en de grandes exploitations collectives (kolkhoze et
sovkhoze).
Avec ses plongées et contre plongées, Eisenstein présente deux mondes qui désormais s'opposent :
celui des anciens empêtrés dans les traditions et réfractaires à la modernité à celui des jeunes, joyeux et assoiffés de modernité, symbolisée par l'arrivée du
tracteur...
L’exaltation de la technique et de ses progrès sert le même but : la
machine est l’un des symboles de la modernisation de l'U.R.S.S.. Le tracteur fait preuve d’une force motrice exceptionnelle en tractant toutes
les charrettes des paysans sur une colline. L’ancien et le nouveau opposent ainsi une agriculture misérable à une agriculture productive, alliée à l’industrie. Symboliquement, le tracteur
détruit les ancienne barrières sous l'acclamation d'un peuple réuni.
Comme épilogue, Eisenstein choisit des plans d’usines avec des cartons qui encouragent les spectateurs à suivre le programme de Staline : "Davantage de fer ! Davantage d’acier ! Davantage de machines ! En avant vers le socialisme". Images
d'archives et trucages se succèdent.
Le film s'achève par un ballet de tracteurs. Un labour moderne
commence...
Staline nous exprima son opinion sur La ligne générale, puis il continua en passant à la question de l'art du film en général : « l'importance du cinéma soviétique est très grande – et pas seulement chez
nous. A l'étranger, il n'existe que peu de livres avec un contenu communiste. Et nos livres sont rarement connus car peu de gens lisent le russe. Mais on y regarde nos films avec attention
et chacun peut les comprendre. Vous autres cinéastes n'avez aucune idée de la responsabilité qui repose entre vos mains. Considérez avec la plus grande attention chaque action, chaque parole de
vos héros. Pour bien comprendre cela, il est nécessaire de connaître le marxisme ». A la fin de la conversation, Staline revint sur La
ligne générale et nous conseilla d'en modifier la dernière partie.
D'après Alexandrov, assistant d'Eisenstein, Le grand ami du cinéma
soviétique, 1939.
1. Qu'est ce qui prouve l'engagement politique d'Eisenstein (cf. biographie)
?
2. Construis un tableau à deux colonnes et classe tous les plans qui dénoncent le vieux monde
paysan et ceux qui montrent le nouveau.
3. Pourquoi le cinéma a-t-il autant d'importance selon Staline ?
4. Peut-on écrire que le film La ligne générale est un film de propagande
stalinienne ?
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