Atelier Cinéma

Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 13:03

Leni Riefenstahl, Le triomphe de la volonté, 1935 (Allemagne)

    Adolf Hitler se rend à Nuremberg pour le congrès du parti nazi. Les fêtes, les parades, les épreuves sportives et les discours se multiplient. Ce film se présente comme un documentaire. Il est en fait un film de propagande. La réalisatrice filme un discours d'Hitler dans un stade. Les travellings sur la foule comme les contre-plongées sur Hitler permettent d'impressionner le spectateur. L'alternance de gros plans entre Hitler et de jeunes allemands illustrent la communion du peuple avec son Führer. La réalisatrice joue aussi de la bande son : les acclamations cessent à la seconde où Hitler lève la main.

 

Charlie Chaplin, Le dictateur, 1940 (États-Unis)

    Réalisé avant le début de la Seconde Guerre mondiale, ce film de contre-propagande laisse entendre la possibilité d'une nouvelle guerre en Europe. Adénoid Hynkel alias A. Hitler, joué par C. Chaplin lui même, s'exprime dans une langue incompréhensible et agressive à l'image des discours d'Hitler. En effet, des mots comme Blitzkrieg ou le ton antisémite ne laissent aucun doute sur les intentions du dictateur. Une voix off traduit le discours du dictateur Hynkel mais en cachant certains propos, en écho à la volonté d'Hitler de ne pas effrayer les démocraties occidentales. C. Chaplin reprend la gestuelle d'Hitler. La croix gammée (symbole des nazis) est remplacée par la double croix. Hynkel est entouré des cadres du parti à la double croix avec Garbitch alias Goebbels et Herring alias Goering. Des soldats et des marionnettes soulèvent les bras en criant en signe d'adhésion.

    C. Chaplin a subi des pressions des producteurs américains pour ne pas sortir le film. En effet, à cette date les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre et on ne souhaite pas froisser la susceptibilité des Allemands et des Italiens. Ce film a été censuré en Allemagne mais a eu un grand succès aux États-Unis et surtout en Angleterre, lancée dans la bataille de l'Atlantique contre l'Allemagne. 

Traduction en français de la voix off qui à la fois, "rapporte" et commente les propos d'Hynkel :

Hynkel dirigeait le pays d'une poigne de fer

Sous la Double Croix, la liberté était bannie

On n'entendait plus que la voix de Hynkel

Adénoid Hynkel a dit « La Tomainie [Allemagne] était à terre, elle se relève »

« La démocratie sent mauvais »

« La liberté est détestable »

« La liberté de parole est contestable »

« La Tomainie a la plus grande armée du monde, la plus grande marine du monde »

« Pour rester grands, faisons des sacrifices, serrons-nous la ceinture »

Il s'adresse au maréchal Herring, ministre de la Guerre. Puis à M. Garbitsch, ministre de l'Intérieur.

Il rappelle les combats de ses débuts, partagés par ses deux loyaux camarades.

Son excellence vient de faire allusion aux Juifs

En conclusion, il rappelle que pour le reste du monde, il n'a que paix en son cœur.

Une annonce. Radio Pari-mutuel, vous a transmis en direct, le discours de Hynkel aux enfants de la Double Croix. L'interprète anglais, Hyndrich Stick, son traducteur personnel, lisait, semble-t-il, un texte préparé. 
Par Maxime Vinot - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 15:39

DDHC original     Sous la pression du peuple et après avoir aboli les ordres puis les privilèges le 4 août 1789, l'Assemblée nationale promulgue la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen le 26 août.

     Composée de 17 articles, accompagnée d'un préambule, cette déclaration est un ensemble de droits et de devoirs présentés comme universels et inaltérables, comme une réalité et un idéal incontestables. Cette déclaration deviendra par la suite notre « catéchisme national » (Barnave), notre « évangile politique » (Mirabeau). Ces principes s'inspirent de la pensée libérale des Lumières. L'objectif est de reconstruire la France sur une base nouvelle, rationnelle et juste.

     Dans cette séquence, la lecture de la déclaration par La Fayette illustre l'influence des Etats-Unis d'Amérique. Au mois d'août, le héros de l’indépendance américaine soumet un texte inspiré de la Déclaration américaine de 1776 dont l’auteur, Thomas Jefferson, est alors ambassadeur des Etats-Unis à Paris. La dernière scène illustre l'intransigeance du roi : il ne se résout à promulguer cette déclaration que le 3 novembre 1789, après les émeutes d’octobre et son retour contraint et forcé dans la capitale.
     Cette déclaration repose sur deux principes fondamentaux : la liberté et l’égalité.

    La liberté est définie comme la faculté accordée à chaque citoyen de faire tout ce qui n’est pas contraire à la loi et qui ne nuit pas à autrui, son égal. Ainsi, la liberté de conscience et d'expression sont garanties. La présomption d’innocence et la tenue d'un procès équitable avant toute condamnation s'opposent à l'arbitraire royal.

     L'égalité est définie comme l'acquisition par tous les citoyens de droits politiques et de devoirs civiques. Ainsi, l'impôt est acquitté par tous, chacun peut accéder à l'administration et chacun doit respecter la loi. En effet, la loi est l'expression de la « volonté générale » : les citoyens, réunis dans une communauté (nation) et liés par un contrat participent directement ou indirectement (Assemblée nationale) à l'élaboration de la loi. Elle devient donc incontestable. Cette théorie de la souveraineté nationale empruntée à Rousseau et celle de séparation des pouvoirs définie par Montesquieu permettent de liquider définitivement la monarchie absolue et les privilèges. De plus, la création d'une police et d'une armée nationales au service de tous et non de quelques-uns incarne cette notion d'égalité.

     Pour autant le réalisateur pose une question à travers le personnage de Danton. Et si ces mots n'étaient qu'illusion ? « Des mots vides de sens » comme le dira par la suite Babeuf en 1791. D'abord, il existe une contradiction. Comment prétendre que ces droits sont inaltérables et accordés à tous alors que rien ne contraint les gouvernements à les respecter (« corruption » et « impérieuse nécessité ») et que l'on refuse d'accorder ces mêmes droits aux hommes de couleurs des colonies. Et les femmes ? Ici les droits de l'homme sont définis de manière générique c'est à dire sans distinction de classe sociale. Ces principes restent abstraits et ne sont donc pas en phase avec la réalité de la société. Seule la liberté de la presse saluée par Desmoulins est concrète ! Sans entrer en contradiction avec les principes de 1789, exception faite de celui de propriété, les révolutionnaires de 1793 iront plus loin en rendant concret le principe d'égalité (droit au travail, à l'assistance et à l'instruction). Lors de la révolution de 1848, les Français ajouteront un principe nouveau, celui de fraternité car que serait l'égalité sans la fraternité ? Bref, les mots contenus dans cette déclaration souleveront longtemps la France...

Par Maxime Vinot - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 06:20

bastille        Avec le renvoi de Necker et le stationnement de régiments du roi autour de Paris, les Parisiens craignent une réaction de l’aristocratie pour réprimer la révolution. Voulant se protéger, les Parisiens constituent une milice de 48000 hommes et portent comme marque distinctive une cocarde aux couleurs de Paris, rouge et bleu. L’insurrection est déclenchée mais les Parisiens n’ont pas d’armes. Pour cela, les émeutiers s’emparent des 40 000 fusils entreposés aux Invalides mais il faut de la poudre et des balles ! Le bruit court qu’il y en a à la Bastille. Cette forteresse dominant Paris avait quasiment perdu sa fonction de prison mais elle restait le symbole de la tyrannie monarchique.
      Les émeutiers envoient une délégation au gouverneur de la Bastille, le marquis de Launay. Le gouverneur refuse et les défenseurs de la Bastille ouvrent le feu sur les assiégeants. A leur arrivée, les soldats de la Garde Française fraternisent avec les émeutiers. A 17 heures, la Bastille capitule. La fusillade fait plus de 100 morts et le gouverneur est décapité sur le chemin, sa tête exhibée au bout d’un pique. La Bastille est rapidement démolie et devenant le symbole du peuple en armes, on en vend des morceaux…


     Dans ces deux scènes, le réalisateur s’appuie encore une fois sur la documentation iconographique disponible. Reconstituée au château de Tarascon, cette représentation dramatique et héroïque de l’événement épouse la thèse révolutionnaire en présentant le peuple de Paris assoiffé de justice et uni.  

      Revenant d’une partie de chasse, Louis XVI inscrit dans son journal la mention « Rien » pour le 14 juillet. Cette anecdote reprise par le réalisateur justifie l’idée d’un roi éloigné des préoccupations politiques de l’époque et des aspirations de son peuple. Mais ce journal est un journal de chasse et le roi a été informé de la prise de la Bastille le lendemain. Le 15 juillet, le duc de La Rochefoucauld aurait eu cet échange avec Louis XVI :

« C’est une révolte ? » demande Louis XVI.             

« Non sire, ce n’est pas une révolte, c’est une révolution. » répond le duc.

      Devant cette entrée en scène du peuple de Paris, le roi cède car il est désormais impossible de venir à bout de l’insurrection parisienne. Le roi se rend à Paris et arbore la cocarde nationale ce qui marque l’union entre le roi et la nation. Au rouge et au bleu, on ajoute le blanc du roi !

Par Maxime Vinot - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 05:29

    Face aux refus du roi d'accéder aux revendications du tiers état lors de la réunion des Etats généraux, ses députés et certains autres issus de la noblesse et du clergé se proclament Assemblée nationale (17 juin). Ils contestent ainsi l'autorité royale et affirment représenter la nation (souveraineté nationale). Pour cet affront, Louis XVI leurs interdit l'accès à la salle des Menus-Plaisirs. Ils se rendent alors dans la salle du Jeu de paume toute proche. Bailly, député de Paris, lit la déclaration suivante prononcée sous la forme d'un serment ce qui lui donne un caractère sacré et solennel : « L’Assemblée nationale, considérant qu’appelée à fixer la constitution du royaume, opérer la régénération de l’ordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu’elle continue ses délibérations dans quelque lieu qu’elle soit forcée de s’établir, et qu’enfin, partout où ses membres sont réunis, là est l’Assemblée nationale ; Arrête que tous les membres de cette assemblée prêteront, à l’instant, serment solennel de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides, et que ledit serment étant prêté, tous les membres et chacun d’eux en particulier confirmeront, par leur signature, cette résolution inébranlable. »

serment jeu de paume     Pour tourner cette scène, le réalisateur s'inspire de la gravure de Jacques Louis David, Le Serment du Jeu de paume, 20 juin 1789 (1791). Il retranscrit cet événement et le transforme en mythe : il reprend la théâtralité de la gravure : ferveur et communion des députés, pureté inspirée de l’antiquité, vent de la liberté sur la France... Le peintre puis le réalisateur mettent en avant l'unité et même l'unanimité des députés qui acclament Bailly. Enfin, la présence de Versaillais aux fenêtres symbolise le soutien du peuple. En ce sens, cet événement marque le début de la souveraineté et de l'unité nationales. A l'inverse du film, la gravure de David comporte une scène de fraternisation entre un moine catholique et un pasteur protestant, signe d'une tolérance religieuse.

     Prenant la parole devant les députés, Louis XVI récuse la légitimité de cette Assemblée et promet quelques réformes comme l'égalité devant l’impôt ou encore l'abolition des lettres de cachet. Il demande aux députés de se réunir par ordre et exige la suppression de l'Assemblée. Mais au moment où les gardes semblent vouloir disperser les députés, Mirabeau prononce cette phrase célèbre : « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous ne quitterons nos places que par la force des baïonnettes ! »

     Le roi cède : « Eh bien, dit-il, s’ils ne veulent pas s’en aller, qu’ils restent ! » La révolte de ces députés, issus de la bourgeoisie, se transforme en une révolution juridique : la monarchie absolue est brisée !

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